Depuis 2008 et la disparition de Lehman Brothers, la question des modèles bancaires a régulièrement resurgi tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Au premier abord, le sujet peut étonner : Lehman Brothers était une pure banque de marché. En quoi sa faillite devrait-elle entraîner une remise en cause du modèle de banque universelle ? Car c’est bien en ces termes que le débat se pose: aux Etats-Unis, il s’agit de savoir s’il faut ressusciter le Glass Steagall Act.
La crise de 2008 a relancé le débat sur les établissements systémiques et le risque que peuvent faire courir aux dépôts les difficultés des activités de banque d’investissement. Les victimes de la crise sont pourtant des banques spécialisées : Bear Stearns, finalement repris à bas prix par JP Morgan Chase, Lehman Brothers puis une banque de crédit immobilier, la britannique Northern Rock. Mais si les grandes banques universelles n’ont pas sombré, nombre d’entre elles ont été significativement aidées par les Etats, à l’instar de la suisse UBS ou de la britannique Royal Bank of Scotland mais aussi des néerlandaises ABN Amro et ING ou de la belge KBC. D’où un débat sur les moyens d’éviter une nouvelle et lourde facture pour le contribuable.
Aux Etats-Unis, le rétablissement du Glass Steagall Act a été évoqué, afin de sanctuariser les dépôts des épargnants. Mais le principe d’une séparation entre banque de dépôt et banque d’investissement, malgré le soutien de l’ancien président de la Fed Paul Volcker (Volcker Fails to Sell a Bank Strategy -New York Times), n’a finalement pas été rétabli même si la loi Dodd Frank, adoptée en juillet 2010 mais dont la mise en oeuvre est encore largement inachevée, a posé des restrictions au modèle de banque universelle.
Le débat a pris de l’envergure au Royaume-Uni où la commission Vickers a planché sur le sujet et conclu à la nécessité de mieux séparer les risques.
Au Royaume-Uni, la commission Vickers, après de longs mois de réflexion, a préconisé un cloisonnement des activités de banque de détail au sein des banques universelles. Le groupe de cinq experts mandatés par le gouvernement Cameron a ainsi résisté à un intense lobbying du secteur bancaire, poumon de l’économie britannique en général et londonienne en particulier.
Ces travaux doivent aboutir à l’élaboration d’un texte de loi, attendu ce mois-ci.
Les conclusions britanniques, regardées avec attention dans le reste de l’Europe, ne conduisent pas Bruxelles à emboîter le pas de Londres…. dans un premier temps du moins.
Le débat trouve un échos en Allemagne alors que la France reste attachée au modèle de banque universelle.
et finalement Bruxelles amorce une réflexion dans ce domaine. Un revirement car l’Union européenne était jusqu’à présent très réticente à peser sur le modèle de développement des banques, la France défendant avec énergie sa tradition de banque universelle et soutenant que ce modèle avait prouvé sa résistance durant la crise.
Avec la prolongation de la crise et la montée des craintes liées à la crise de la dette des Etats de la zone euro, les établissements européens ont, de fait, été amenés à infléchir leur stratégie. Les banques diminuent la taille de leur bilan et réduisent particulièrement la voilure en matière de financement en dollars. Les établissements français ne font pas exception. Elles ont désormais aussi enclenché des cessions d’actifs qui, sans remettre en cause le modèle de banque universelle, conduisent à un resserrement du spectre des activités.
Le contexte réglementaire les y pousse encore davantage puisque les normes prudentielles évoluent vers une prise en compte accrue du risque pour calcul des ratios de solvabilité conjuguée à une définition plus stricte du capital pris en considération dans les ratios. Ces évolutions ne sont pas sans conséquence pour l’économie, notamment via un coût du crédit en hausse.
